Euh, non ! En dehors de la sieste, entre 13H30 et 15h00 quand c'est possible, je ne sais pas me reposer. Je ne sais pas me vautrer dans mon canapé à l'exception d'une rencontre sportive de grande ampleur ; je ne sais pas y scroller mon téléphone pendant des heures non plus. La télé, j'en parle même pas ! Ce n'est pas moi qui rentabilise l'abonnement à Netflix. En fait, je n'aime pas être enfermé chez moi. Quand j'y suis, c'est pour les corvées. Après je ne me leurre pas trop, avec mes horaires de boulot et mes temps de trajet, je ne suis guère présent. Mais justement, souvent les fins de semaine, j'ai envie d'y être et pour procrastiner !
Bref, je ne sais pas ce que je veux. Je me demande si je ne suis pas du genre difficile à vivre. Il faudra que je pose la question à ma femme. Enfin non ; je connais la réponse. En tous cas, quand je lui lance : "Je vais faire un tour de vélo !", il n'y a jamais d'opposition. Est-ce parce qu'elle sait qu'elle aura la paix pendant 2 heures au minimum ? C'est bien possible. Elle sait surtout que je deviens insupportable quand je tourne en rond à ne pas savoir quoi faire ; ou quand il y a trop à faire et que j'ai besoin d'une bulle d'oxygène pour ne pas tirer la gueule. Oui, je sais faire ça aussi.
Hier, Fête des Mères oblige, le timing était serré. Levé 7h pour une balade de 45mn avec Vasco (mon chien, pour ceux qui ne seraient pas très assidus) ; petit-déjeuner avec Madame, et à 9H00, j'enfilais ma tenue 3XL et je m'élançais vers Debram. Il me fallait être de retour à la maison pour 11H maximum, j'étais attendu à Menton pour le déjeuner.
J'ai rejoint ensuite le quartier des "Terres Blanches" et poussé jusqu'à la piste forestière de La Vanade. Toujours aussi privée, mais je m'en tape royalement. De toute façon, si je veux rouler sur du terrain public, c'est obligatoirement dans un parc naturel où il faut slalomer entre les promeneurs de chiens. Que je suis aussi.
Force est de constater que du côté de La Vanade et ses contreforts, ça finira un jour par construire. Je n'y étais pas passé depuis au moins 2 ans, et les bulldozers ont déjà bien nettoyé certaines portions. Attendez que le Duc ait des propositions de promoteurs de prestige et vous allez voir ce que vous allez voir ! Résidences de standing avec vue sur le golf de La Vanade, tennis sur terre battue à proximité, manque juste un petit centre commercial, et hop ; terminés les espaces de nature entre Villeneuve-Loubet et la-Colle-Sur-Loup ! Les kayakistes iront naviguer entre le centre de thalassothérapie pour mamies, la start-up en IA pour l'influenceur écervelé, et les champs de panneaux solaires pour alimenter toutes les belles saloperies qu'on nous prépare pour les 20 prochaines années. Ah mais non, y'a encore nos centrales nucléaires ! Si l'une d'elles n'a pas encore explosé.
Bon je m'égare. Tout ça parce que le Duc deviendra Archiduc.
Je n'ai pas essayé de rejoindre le parking du golf, je sais que désormais il y a un portail avec une énorme chaîne pour dissuader tous gentils promeneurs respectueux des espaces naturels privés ; d'entrer. J'ai plongé sur le centre hippique en bord de Loup, non sans descendre du gravel lorsque le sentier était un peu trop technique sur la dernière partie. J'ai (dé)roulé jusqu'au centre du village pour remonter par le Chemin de l'Escours jusqu'au gymnase.

(Image générée par IA)
C'est dans cette montée en plein soleil que j'ai un peu trop tiré sur la corde par rapport à mes capacités physiques actuelles : Un cycliste à peine plus jeune que moi m'a dépassé sitôt sorti du village, du côté des Espères. Pas comme une fusée. Nous avons eu le temps de nous saluer. Un petit quelque chose dans sa façon de pédaler m'a subrepticement inspiré que dès que lorsque la pente allait un peu plus s'élever, il redeviendrait peut-être à ma porter pour que je le rattrape, voire que je le dépasse. Et puis puisque j'étais dans un moment de grande confiance en moi à ce moment-là, j'ai même poussé mes fantasmes à me dire que s'il remontait comme moi jusqu'à Roquefort, j'avais encore tout le temps pour lui grapiller quelques secondes par kilomètres et le laisser sur place, la langue pendante, dans la dernière ligne droite du restaurant "Le Heaven" !
Arrivé à quelques encablures du gymnase de La Colle, j'explosais alors que j'avais repris plus de la moitié de la distance qui nous séparait au départ. Disons que j'affichais un retard de 150m. En virant à gauche pour entrer dans Vallon Rouge, je me laissais descendre avec l'idée de récupérer. Le feu tricolore passant au rouge au niveau du croisement d'accès à la base kayakiste, mes espoirs de revoir mon cycliste s'envolait. Oui Messieurs-Dames ; je m'arrête au feu rouge !
Une minute plus tard je repartais, toujours en mode récupération, avec le sentiment que je venais de faire le con et que j'allais sûrement le payer d'ici quelques hectomètres.
Boum patatras tsoin-tsoin, passée la première enfilade en montée après l'intersection à Vallon Rouge, j'ai ressenti un petit vertige. Ceux qui connaissent bien l'itinéraire savent qu'à cet endroit il n'y a pas de parapet, ni de barrières de sécurité sur la droite vers le ravin. La route étant assez étroite, les cyclistes ont plutôt intérêt à bien serrer sur leur droite au cas où deux Fangio se croiseraient à leur niveau. Croyez-le ou non, pendant quelques minutes, je n'ai cessé de me répéter :
"Bertrand, ne tombe pas tout seul dans le vallon !"
Depuis toujours, je supporte plutôt bien les grandes chaleurs à vélo. Hier, j'ai connu mon premier "Coup de chaud". Il a duré é ou 3 minutes. J'ai passé toutes mes vitesses à gauche et j'ai poursuivis mon chemin à la vitesse d'un grand-père qui revient de la boulangerie avec sa baguette sous le bras. J'ai beaucoup bu jusqu'à en être ballonné, et j'ai patienté jusqu'à ce que l'ombre se présente, quelques centaines de mètres plus loin. S'il y avait eu une place assez sécurisée pour mettre pieds à terre, je crois que je me serais arrêté. Je n'étais vraiment pas bien.
Je suis rentré à la maison tranquillement. C'est une des rares fois où je ne me suis pas servi une bière fraîche, mais plutôt un grand verre d'eau. Puis je suis allé me doucher à l'eau quasi froide. Tout beau, tout propre pour porter un beau bouquet à ma Maman.