Quel exploit aujourd'hui ? Tenter de monter jusqu'au village de Gourdon. Et oui, j'en suis là.

Je n'avais pas fait 500m en sortant de la maison qu'un premier cycliste me doublait. Rien de mal à cela d'autant qu'en me dépassant il me saluait. Moi, j'étais encore en train de chauffer. Mais rapidement je me suis demandé si je ne connaissais pas cette voix, cette silhouette, ce coup de pédale ; qui s'éloignait indubitablement de moi. Puis j'ai mis un visage sur le personnage : Bruno !

 

Trop loin pour le rattraper, et encore plus pour l'appeler. Avec son tout nouveau vélo, et sans son maillot du R4RC, je n'ai pas pu le reconnaitre tout de suite. Dommage, on aurait pu papoter quelques hectomètres avant qu'il ne s'envole sous d'autres hospices, ou qu'il ne rentre chez lui. Vu mon heure de départ, Bruno aurait pu faire partie de ces courageux cyclistes matinaux qui prennent la route aux premières lueurs du jour.

Peu importe, me voilà parti pour en baver un peu. Pas trop, quitte à faire demi-tour. Mais l'idée de tenter une ascension jusqu'à Gourdon en montant à l'ombre par le vallon du Loup à partir de Pont-Du-Loup me disait bien.

Au sortir du village du Rouret, devinez qui je (re)vois arrêté au feu tricolore sur ma droite ? Bruno pardi ! (ceux qui connaissent son patronyme apprécieront mon jeu de mots). Je ne pouvais pas lui passer sous le nez sans le saluer, ce n'est pas mon style du tout. Je l'interpelle alors en me dirigeant vers lui. Il me reconnait aussitôt et la conversation s'engage le temps que le feu tricolore repasse au vert.

Au final, il quittait aussi son domicile et se dirigeait comme moi vers Chateauneuf-Pré-Du-Lac. Faire un petit bout de chemin ensemble nous disait bien à tous les deux. Sauf que lui sort de l'"Etape du Tour Féminin" dont l'arrivée cette année était au sommet du Mont Ventous après 128km de parcours vallonné. Autant dire que je retrouvais un ami certes peut-être un peu émoussé, mais préparé, et surtout en vélo de route. Moi, j'étais (et je reste) en gravel et mes 20kg de trop (qui ne resteront pas je l'espère !).

Bref, à peine échauffé, je peux dire que j'en ai déjà bien bavé pour suivre sa roue jusqu'à Pré-Du-Lac. Et pourtant, nous avions maintenant convenu de monter à Gourdon ensemble. Le tobbogan jusqu'à Pont-Du-Loup n'a pas posé de problème. C'est même sur cette portion de descente que j'ai fait preuve de volubilité. Le chant du cygne...

 

Nous nous élançions dans les Gorges du Loup. Rapidement j'annonçais à Bruno que s'il avait envie de se faire plaisir, il pouvait partir. Prendre le large, et si le large s'éternisait, ne plus m'attendre. Il se dressa sur ses pédales et m'annonçait m'attendre à Bramafan.

J'ai bien cru qu'il aurait pu faire 2 fois la boucle le temps que moi j'arrive à la Cascade de Courme ! Et pourtant, c'est à l'entame du replat quelques hectomètres avant le carrefour du dit "Bramafan" que Bruno venait à ma rencontre. Il n'a pas du monter bien vite.

Dans ma tête, je ne cessais de me répéter que je venais d'en ch*** alors que toute la montée s'était faite à l'ombre. Et qu'en bifurquant maintenant sur notre gauche, c'était encore 5km de montée en plein cagnard. Seul, il n'y a aucun doute sur la question ; c'est sur cette portion que j'aurais rebrousser chemin. Mais là, Bruno ne m'a pas lâché d'une semelle, y allant de ses plus fervents encouragements alors que ma bouche crachait autant de borborygmes de souffrance que d'air saccadé. J'étais à l'agonie.

Environ à mi-montée, dans une ligne droite, entre deux zigzags de Bruno qui était à la limite de perdre l'équilibre, j'aperçois un routard.  Je ne rêve pas, il monte encore moins vite que nous. Comment est-ce possible ? Deux virages plus haut je me porte à sa hauteur. Il semble plus jeune que moi et chevauche un sublime Pinarello Dogma. Je le salue et l'encourage à prendre ma roue en lui avouant que moi aussi je suis mort. Il n'en fera rien. Mais là, j'ai su que finalement de mes 40 années de pratique, il restait quand même un petit quelque chose.

Bruno a continué de m'encourager et de me servir de point de mire, et nous sommes arrivés à Gourdon. Grâce à lui. Je suis persuadé que je ne serais pas allé autant dans la souffrance si j'avais été seul.

Cerise sur le gâteau, mon compagnon de route m'offrait un diabolo-menthe au bar en bordure de route. J'ai perdu l'habitude de prendre de l'argent liquide avec moi à force de rouler seul en gravel.

Le temps de sécher encore un peu, nous nous élançions ensuite dans la descente. Le plus dur était fait. Bruno, au rond point du supermarché du Rouret me saluait et poursuivait son chemin pour quelques kilomètres encore, histoire de dépenser toute l'énergie qu'il n'avait pu dépenser en ma compagnie. J'en aurais fait de même dans son cas.

Voilà comment on finit par être fier d'avoir réussi à atteindre une fois le village de Gourdon alors que deux ans plus tôt, j'y serais monté cinq fois d'affilée et sans sourciller !

MERCI BRUNO !