Partis dès 8h00 du matin de Roquefort-Les-Pins par une température un peu trop fraîche pour un début de printemps, nous avions rendez-vous une demie-heure plus tard à Mouans-Sartoux avec le club aux couleurs jaune et bleu. Nous prenions ensuite la direction à plus d'une vingtaine de coureurs vers Le Cannet pour rejoindre le bord de mer.

Jusque là le rythme était plutôt cool. Le rythme parfait pour que je m'échauffe tranquillement et où il est possible de discuter avec d'autres passionnés que l'on découvre. Ce sont toujours des échanges enrichissants.

Alors que nous longions désormais "la grande bleue" en direction d'Antibes, je commençais à prendre un peu plus le tempo des hommes de tête de peloton, même si ce rythme était encore celui d'un train relativement souple. Il est vrai que cette sortie s"inscrivait comme "de récupération" dans le groupe. Et j'ai été surpris de voir que tout ce beau monde était plutôt discipliné. Même porté en tête, je m'apercevais que la queue de peloton n'était pas très loin.

Pas très loin de moi également : Sandra qui n'a cessé de veiller à ce que j'arrive à suivre en prenant ma roue et en me boostant quelque peu lorsque j'omettais de rester dans l'aspiration du cycliste qui nous précédait. Vu le rythme il suffisait d'appuyer juste un peu plus, mais mieux valait rester attentif.

Tout est parti en sucette aux abords du Cap d'Antibes. Un cycliste de l'AC Valbonne passe devant nous en trombes avant la rampe de l'"Hotel du Cap". Nicolas un peu surpris file le rejoindre avec une vingtaine de mètres de retard. Le temps de me poser la question, en voici 2 autres qui commencent à enquiller. Je saute dans la roue du second et Sandra semble faire pareil dans ma roue.

Hors nous ne sommes pas encore dans la rampe. Il reste encore 500m de plat et je ne donne pas tout pour revenir sur les premiers. Sandra me dépasse en danseuse avec un grand sourire aux lèvres. Je crois même qu'elle se marre ! Mon ange-gardien se meut en démon !

 

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Mon démon préféré ! ;)

 

Dès la première épingle, je prends l'intérieur et je double Lucifer pour ne plus la revoir jusqu'au sommet du Cap, même si la donzelle ose me redoubler dans la descente et rester jusqu'à Antibes loin devant moi. Normal, je récupère de mon effort. Mais notez qu'elle ne veille plus sur moi.

Le peloton se reforme juste avant d'arriver sur les remparts. J'ai la malencontreuse idée d'arrêter Sandra que je retrouve en mode "Ange" et de vouloir faire une photo du magnifique panorama qui se dresse alors devant nous : au premier plan les murs de fortification de la vieille ville, au centre la mer et les sommets encore enneigés du Mercantour et sur la droite la Grande Bleue qui s'étend à perte de vue...

Nous avons beau nous hâter, nous ne retrouverons nos compères de Valbonne qu'à la terrasse d'un bar à côté de l'hippodrome de Cagnes Sur Mer pour l'immanquable café. Ensuite le peloton va se scinder. Une partie continue sur Saint-Jeannet par la route de La Barone, alors que d'autres dont mes amis Roquefortois, prennent la direction du retour via Villeneuve-Loubet.

Jusqu'à la Vanade, la tête de train assure le tempo. Je suis à l'abri en 3ème position derrière un beau gaillard. Mon ange gardien doit être dans ma roue à veiller sur moi. Dès la première rampe, le groupe explose. L'armoire à glace devant moi cale les rapports, j'enquille sur mon bon tempo sans pouvoir rivaliser avec le premier de peloton bien plus affûter que moi si j'en crois la taille de ses mollets. Par contre derrière ça recolle dont Nicolas forcément. Je ne les reverrai plus avant Roquefort. Je suis donc devant, au train comme je sais faire. J'ai de bonnes sensation.

Puis c'est le retour soudain de la démoniaque ! Plus possédée encore ! Elle me double au niveau de la carrière et je ne compte pas me laisser faire. Je prends la roue en haussant un peu mon rythme qui m'allait pourtant si bien. 500m plus loin, c'est au tour de Sandra de piocher un peu alors que je me suis refait derrière elle. Je repasse devant d'un bon coup de reins pour la devancer juste ce qu'il faut pour lui casser le moral à ma diablesse ! Mais c'est sans compter sur l'aide de Christophe qui l'encourage de plus belle pour qu'elle revienne dans ma roue. Mieux que ça même ! La satanique Sandra osera une nouvelle fois me doubler 200m avant "Le Colombier", final de la montée. Je recolle, je double péniblement, il ne reste que 100m. A 50 m de la ligne fictive, je ne sens plus mes jambes. Je crois bien que je ne vais plus pouvoir forcer davantage ; pire, les forces commencent à me manquer et j'entends le souffle chaud de la diablesse dans mon dos. Elle est encore là ! Prête à m'achever.

Je hurle de colère après mon corps défaillant. Je vais devoir m'incliner. Il reste 20m et je vois Sandra se porter à mes côté sur ma gauche. J'ai dépassé ma vitesse maximum depuis 30m et je décélère désormais. Seul mon élan peut m'aider à l'emporter. Ce sera fait d'une roue.

Pour moi ma sortie de vélo de 73 km est terminée. Je suis rincé. Mort, mais pas encore en enfer. Ma tortionnaire continuera elle pour 90 km de montagne supplémentaire. Chapeau bas mon démon préféré.